Quand l’agro-alimentaire rencontre « l’éthique »

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Ce mardi 15 mars, la nouvelle est tombée : la marque McCain tente de se racheter une conduite dans un sursaut ubuesque de « light-food-washing » à la façon du greenwashing publicitaire en devenant partenaire de la fondation Cœur et Artères. Cette fondation manque passablement d’éthique dans ce contexte, face aux missions pour lesquelles elle est reconnue d’utilité publique.

 Quand une marque veut devenir plus écolo que les écolos, elle fait du « greenwashing » en s’arrogeant des présupposés écologiques qu’elle ne possède pas nécessairement. Quand une marque agro-alimentaire veut se donner une image de bonne vertu sur la scène médicale ou nutritionnelle, elle met en avant dans de nombreux publireportages ou articles son partenariat avec une fondation luttant contre les maladies cardiovasculaires et les pathologiques les favorisant, notamment l’obésité ou les diabètes.

Mettant en avant ses partenariats avec de grandes marques agro-alimentaires, notamment Danone ou Unilever – et c’est aujourd’hui au tour de McCain -, la fondation « Cœur et Artères » initie une politique de recherches permettant d’améliorer soins et préventions de l’ensemble des maladies cardiovasculaires. Cependant, tout en promouvant ses recherches sur ces pathologies dramatiques, elles s’associe à la malbouffe…

Abracabrantesque, ubuesque, les adjectifs ne manquent pas pour qualifier ce rapprochement contre-nature entre et les industries ne la favorisant justement pas.

Ce double jeu peut poser problème auprès des personnes malades quand une telle fondation dont on connait la notoriété sur la place publique valorise tout autant ses partenaires que les efforts à faire pour améliorer sa santé : faire du sport, adopter une meilleure alimentation…

Le « light-food-washing » semble ici atteindre une limite, une ligne jaune qu’il aurait été pertinent de ne pas franchir.

Quant à la marque McCain, elle ne prend pas, elle non plus, de gants, pour mettre en avant dans les articles qui lui sont consacrés cette alliance avec la Fondation. Elle précise dans son communiqué publié sur  i-diététique : Dans le cadre de sa responsabilité d’entreprise, McCain a développé un partenariat avec la fondation « Cœur et Artères » depuis 2005. Cette fondation a pour vocation de lutter contre les maladies cardiovasculaires et les désordres métaboliques : obésité, diabète, dyslipidémies qui favorisent leur développement. Pour plus d’informations et de conseils : www.fondacoeur.com »

De plus, McCain annonce qu’elle sera présente au Medec, du 17 au 19 mars à Paris avec la fondation « Cœur et Artères » sur la base d’une rencontre avec les professionnels de santé ! Une présentation des produits sera alors faite à ces professionnels… Ubuesque est le seul terme à nouveau qui puisse qualifier une telle situation. La donne des leçons de santé… autant poser un à un malade sur un comptoir de fast-food !

 Le programme santé de Mc Cain : une bonne pomme de terre + une bonne huile, le tout en quantité raisonnable… les nutritionnistes n’ont qu’à bien se tenir… une telle leçon de santé nutritionnelle laisse pantois ! Argument produit : des graisses non hydrogénées excluant les acides gras trans, des produits dont les taux d’acides gras saturés sont revus à la baisse…et des engagements à faire une malbouffe moins mal et plus bouffe…. On avance vraiment sur la politique sanitaire en France avec ce type de marketing !

 Valoriser ce type d’argument dans le cadre d’une politique nutritionnelle, c’est remettre en cause tous les conseils diététiques, toute la politique nutritionnelle gouvernementale notamment via le PNNS 2, les engagements de l’OBOBS, les actions sur le terrain dans les écoles, les collèges ou encore les lycées, la semaine du goût, et la liste est longue des actions qui pourraient être décrédibilisées par ce type de communication délétère alors que l’on sait que les français ont un mal fou à intégrer les messages du type mangerbouger.fr.

 Ce type de partenariat bénéficie à 100 % à la marque McCain, mais ne bénéficiera en aucun cas aux malades, aux futurs obèses appréciant les frites McCain ou encore à la fondation « Cœur et Artères » tendant à engager sa responsabilité sociétale dans ce type d’opération.

 Il faut espérer que les médecins, les consommateurs, ne seront pas dupes face à ces communications.

Mots-clés : agro-alimentaire éthique marketing

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2 pensées sur “Quand l’agro-alimentaire rencontre « l’éthique »

  • 30 novembre -0001 à 0 h 00 min
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    Je vous remercie pour votre billet qui témoigne d’une volonté d’un dialogue constructif avec une association tel que l’Obobs,.
    Il est certain que nombre d’acteurs de l’agro alimentaire s’impliquent actuellement dans une réflexion sur la qualité de leur produits , même si ceux ci ne sont pas particulièrement les aliments
    les plus typiquement « health food actor».
    Cette réflexion et les actions qui vont avec sont les briques élémentaires, utiles et indispensables à la progression de la prise de conscience de la problématique de la prévention et la lutte
    contre l’obésité..
    C’est pourquoi je vous demanderai, pour la société McCain de continuer dans cette voie du dialogue et de mener avec nous un travail sur les réelles actions citoyennes à mettre en œuvre pour
    transformer l’essai de votre implication au travers d’une démarche grand public concrète.
    Nous sommes prêt à en discuter dans les semaines à venir et nous tiendrons informés nos membres, nos lecteurs et notre réseau.

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  • 30 novembre -0001 à 0 h 00 min
    Permalink

    La Fondation Cœur et Artères, reconnue d’utilité publique, soutient la recherche et la prévention des maladies cardiovasculaires, première cause de mortalité dans le monde. McCain est fier de
    soutenir cette recherche fondamentale depuis maintenant cinq ans. Le support d’entreprises comme la nôtre, permet à la recherche de progresser plus rapidement et de faciliter le dialogue entre les
    scientifiques et les acteurs socioéconomiques.

    Par ailleurs, la démarche des entreprises de l’agroalimentaire, qui consiste à échanger avec des professionnels de santé sur la valeur nutritionnelle de leurs produits, est nécessaire et
    responsable. C’est le sens de notre participation au MEDEC. McCain est très attaché à ce dialogue et s’efforce, au quotidien, d’améliorer les qualités nutritionnelles de ses produits.

    McCain s’est engagé, d’ici 2012, à poursuivre ses efforts pour optimiser la qualité de son huile de friture. Ce progrès fait suite à la réduction, en 2006, de 40% du taux de matières grasses
    saturées dans ses produits. Ainsi, avec une réduction supplémentaire de 33%, le taux d’acides gras saturés n’excédera pas 20%.

    Rappelons qu’une frite au four est composée de 94% de pomme de terre et 6% d’huile équilibrée.

    Enfin la pomme de terre contient des sucres lents dont la consommation est recommandée par le PNNS.

    Pierre GONDE, Responsable des Affaires Réglementaires et de la Nutrition, McCain Europe Continentale.

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