L’obésité infantile ne serait pas en soi facteur de risque cardiaque, mais plutôt sa durée

L’enfant obèse ayant surmonté son obésité, n’encourrait pas plus de risques cardiovasculaires à l’âge adulte que les non-obèses, c’est ce qui ressort de résultats publiés récemment dans le New England Journal of Medicine.

 

Même si les spécialistes ont relativisé ces dernières années la surexposition des obèses à ces pathologies secondaires, il n’en reste pas moins que, les habitudes aidant, leur obésité peut perdurer, voire se développer, et l’on sait que l’éventualité implique alors ce genre de risques. Voilà donc un nouveau motif sérieux de vigilance et de .

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Que répondre aux parents qui s’inquiètent?

 

En matière de risques liés à l’obésité chez l’enfant, le Pr Tounian, chef de service de gastroentérologie et de nutrition pédiatrique à l’Hôpital Trousseau de Paris, résume bien la position française. Il indique qu’ils sont « largement surestimés », et insiste sur deux points essentiels : la prédisposition ethnique au type 2 (en Amérique du Nord, Asie et Afrique), et le fait « qu’il faut des décennies pour qu’un jeune obèse développe éventuellement un diabète, une hypertension artérielle, ou encore une hyperlipidémie. » (Toulouse, Congrès Pédiatrie 2009, interview APM)

Il confirme que ni le diabète, ni les autres facteurs pouvant constituer un syndrome métabolique, comme l’hypertension artérielle ou la dyslipidémie n’ont au stade de l’enfance d’expression clinique. À l’exception notable toutefois des dyslipidémies familiales (génétiques), qui peuvent être décelées dès l’âge de 3-4 ans, et nécessitent un bilan sanguin à partir de cet âge.

En clair, la prévention est recommandée, à condition d’être personnalisée et non traumatisante, « réassurer et déculpabiliser, dit-il, sans faire de forcing en termes de régime alimentaire, représente l’essentiel de la prise en charge d’un enfant obèse ».

De nouvelles perspectives qui aident à se projeter

De son côté, un important collectif finno-américain, travaillant aux USA, en Australie et en Finlande, a pu suivre l’évolution de 6.328 enfants jusqu’à l’âge de 23 ans. Leur enquête se basant sur les critères admis pour l’obésité infantile et un IMC de +30 pour l’adulte.

 

Premier constat de cette enquête qui fera date, le chiffre laisse songeur : seulement 274 enfants obèses étaient devenus non obèses à l’âge adulte, ce qui indique une inquiétante persistance dans l’obésité !

 

Deuxième constat : les personnes à forte adiposité constante de l’enfance à l’âge adulte, par rapport aux personnes non obèses durant cet intervalle, présentent : 5 fois plus de risque de diabète type 2, 2,7 fois plus de risque d’hypertension, environ 2 fois plus de risque d’hypercholestérolémie (avec réduction également du bon cholestérol), de hauts niveaux de triglycérides, et davantage de risque d’athérosclérose.

 

Par contre, et c’est bien là le point culminant de l’étude : les sujets entrant dans la catégorie « en surpoids » ou « obèse » au stade de l’enfance, mais qui en sont sortis une fois adultes, obtiennent les mêmes résultats que les sujets ayant toujours eu un IMC normal…

 

Grâce à ces chercheurs et à leur méthode, on découvre par conséquent que ce n’est pas dans l’obésité infantile en soi, mais dans l’obésité qui perdure, celle qui parvient à l’âge adulte, que réside le risque cardiovasculaire. À tel point qu’on peut parler de pathologies induites « à retardement », puisqu’elles ne se seraient pas déclarées chez l’adulte d’un poids normal !

 

Ainsi, plus que jamais, le message aux parents d’enfants en surpoids est le suivant : permettre à nos enfants d’abandonner les kilos en cours de route, grâce au bon accompagnement et de meilleures habitudes de vie, c’est simplement leur garantir une meilleure santé quand ils seront grands…

Source : New England Journal of Medicine (17.11.2011)Childhood Adiposity, Adult Adiposity, and Cardiovascular Risk Factors »,from the Research Center of Applied and Preventive Cardiovascular Medicine (M.J., C.G.M., O.T.R.) and the Departments of Medicine (M.J., J.S.A.V.) and Clinical Physiology (O.T.R.), University of Turku and Turku University Hospital, Turku, Finland; the Menzies Research Institute, University of Tasmania, Hobart, TAS (C.G.M., A.V.), and Murdoch Childrens Research Institute (C.G.M., M.A.S., C.S., M.C., T.D.) and the University of Melbourne, Department of Paediatrics at the Royal Children’s Hospital (M.A.S., C.S., M.C.), Melbourne, VIC — all in Australia; Tulane Center for Cardiovascular Health, Tulane University, New Orleans (G.S.B., S.R.S., W.C.); the Department of Epidemiology, College of Public Health (T.L.B.), and the Department of Neurology, Carver College of Medicine (P.H.D.), University of Iowa, Iowa City; and the Department of Pediatrics, University of Colorado Denver and Health Science Center, Aurora (S.R.D.).

Auteur L.E

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