Google : son programme de nutrition pour ses employés

Google essaie d’être n°1 dans tous les domaines que l’entreprise investit. Ainsi, afin de prendre soin de ses 30 000 salariés, un programme « healthy food » (nourriture saine) a été mis en place. Néanmoins, entre l’intention et la réalité, il semblerait qu’il manque encore une étape incontestable : l’éducation.

Imaginez que l’on vous propose de pouvoir manger 7 jours sur 7, 24h sur 24 gratuitement tout ce que vous voulez, mais qu’en parallèle on vous indique néanmois qu’il y a des règles à respecter pour être en bonne santé : sauriez-vous résister ?

A priori peu d’entreprises se sont investies dans la restauration collective « responsable » et on ne pourra pas reprocher à Google d’avoir initié quelque chose d’aussi ambitieux. Malheureusement, autant les éléments ont été posés, autant ils l’ont été au milieu d’une sorte de « grande cour de récréation ».

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DE L’IDEAL…

Ainsi, à la lecture des paramètres initiaux, on ne peut être qu’impressionnés :

– disponible 24/7 ;

– totalement gratuit ;

– varié et délicieux ;

– prévus pour promouvoir ainsi que les valeurs environnementales (produits locaux, bio, durables) ;

sur ce dernier point, le programme de recyclage est complet et sur le campus sont planté des bio, que l’on peut cueillir librement.

Néanmoins, comme le soulève Marion Nestle dans son article : « si la est gratuite et disponible 24h/24, est-ce que Google n’est pas en train de créer un environnement classiquement « obésogène » ?« . A sa question de savoir si les nouveaux employés de Google prenaient du poids, elle rapporte que Joe Marcus, le responsable du programme et Scott Giambastiani, Chef expliquent que « les employés apprennent à gérer cette bonne nourriture disponible ; et ceux qui mangent de la nourriture saine pour la première fois de leur vie trouvent qu’ils perdent du poids ».

A LA REALITE…

Si on lit les commentaires plus bas, on relève quand même l’exemple de « Googler », un(e) ex-employé(e) : « j’ai travaillé 9 mois chez Google et j’ai pris environ 15 kilos. Avant Google, je mangeais sainement, je cuisinais toute ma nourriture moi-même, je mangeais végétarien la plupart du temps , et je connaissais la quantité d’huile et les calories contenues dans tout ce que je mangeais. En travaillant chez Google, c’est devenu impossible. Oui, il y a des entrées végétariennes mais la plupart du temps c’était des légumes avec beaucoup de fromage et de crème. Pour moi ce n’est pas une option de protéine végétarienne saine, aussi j’ai fini par manger de la viande. Et les céréales n’étaient pas complètes : riz blanc et pâtes étaient les seules options. Quand vous mangez au buffet chaque jour, vous n’avez aucune indication sur la quantité d’huile qu’il y a dans la sauce ou le plat, cela devient très facile de consommer trop de calories ». Plus loin, on lit encore : « Cela rend la vie si facile et pratique d’avoir un déjeuner préparé et gratuit tous les jours, et c’est génial d’avoir une entreprise qui le fait. La nourriture est absolument délicieuse. Néanmoins, pour moi, cela est beaucoup moins sain que la nourriture que je préparerais et mangerais seule. J’ai remarqué un certain déclin de mon niveau de santé depuis que j’ai rejoint l’entreprise. »

IL FAUT TROUVER LE BON SYSTEME…

Pourtant, le programme a instauré un système visuel pour orienter les décisions des employés dans la composition de leurs menus comme l’indique Marion Nestle dans son article :

« Google étiquette tous les snacks, boissons, et nourriture préparée dans les différentes cafétarias avec des indicateurs de couleurs : vert (que l’on peut manger à tout moment), jaune (de temps en temps), ou rouge (pas souvent, s’il vous plait). Cette répartition est basée sur la pyramide de la Harvard School of Public Health* : ils étiquettent rouge les aliments au sommet de la pyramide, jaune ceux au milieu et vert ceux situés à la base. En théorie, cela a du sens au démarrage. En pratique, cela est trop réducteur. Les difficultés sont plus évidentes avec les snacks disponibles partout sur le campus. Les produits sont disposés avec une étiquette. Pour la nourriture cuisinée, d’autres stratégies sont utilisées pour orienter vers un choix plus sain :

– les produits les plus sains sont mis au niveau des yeux ;

– de petites assiettes sont utilisées ;

– les légumes sont incorporés au maximum dans tous les plats proposés ;

– les options les plus saines sont celles disponibles à tout moment ;

– les snacks sont proposés dans leur plus petite taille (paquet de 2 Oreo au lieu de 6) ;

– rendre l’activité physique simple (Google mets à disposition des vélos) » .

Mais, comme le pointe toujours « Googler » dans son commentaire : « les couleurs vert-jaune-rouge manquaient souvent de sens. Il semble qu’il y avait beaucoup d’erreurs. Par exemple, on donnait à quelque chose plein de graisses saturées, comme de la viande rouge, un vert ? Et ensuite, un légume riche en matière grasse ‘comme l’avocat) était présenté comme un rouge. C’est fou. Un jour, voilà ce qui était au menu et ce n’est pas une blague : ailes de poulet, macaroni et fromage, frites. Et un bar à salades. Ce n’est pas possible de s’en tenir au bar à salades pour le déjeuner parce qu’il n’y a pas moyen d’avoir assez de protéines de cette façon ».

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Il semble donc bien compliqué de faire évoluer les pratiques, même avec la meilleure volonté du monde.

Noyer des propositions « saines et équilibrées » parmi des tentations permanentes, n’est qu’un début de solution. C’est une proposition. Donner du plaisir en offrant des plats préparés chaque jour par des Chefs qualifiés et qui savent donner du goût, c’est un luxe. Pourtant, cela ne suffit pas.

Il faut construire les repères et donner du sens à l’ensemble. Il ne suffit pas de proposer, il faut également savoir répondre correctement à des besoins réels. La profusion et la liberté sont rarement conseillés dans le cadre d’un équilibre alimentaire : tout commence en général par de la régularité et une connaissance des combinaisons « heureuses » des aliments, veiller à la taille des portions, sans oublier la partie d’exercice qui doit faire partie intégrante du programme.

Une entreprise peut certes agir comme prescripteur, encore faut-il viser les bons objectifs et savoir évaluer correctement l’impact des actions entreprises. Le chemin sera sans doute encore long, mais cela est déjà positif de voir que certaines entreprises sont déjà dans les starting blocks !

Voici une vidéo « officielle » de Google qui présente ses cafétérias :

et voici une caméra cachée sur l’une d’entre elles :

DOCUMENTATION
* Image de la pyramide, extraite d’un article de Slate.fr : Les Etats-Unis abandonnent la pyramide alimentaire
Auteur : T.A
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