Approche psychologique des personnes en surpoids

Approche psychologique des troubles des conduites alimentaires chez les personnes en surpoids

Aujourd’hui, avec les exigences de performances sans limites véhiculées par la société occidentale et l’idéal social centré sur la minceur, les troubles des conduites alimentaires mettent en exergue la place importante accordée au corps et à son image. Lorsque le psychisme n’arrive pas à traiter un conflit interne, il peut être amener à s’exprimer par le corps. Ce dernier devient alors « une sorte de rempart identitaires et narcissiques » et pour reprendre le concept de Vladimir Marinov, « un signifiant corporel » c’est-à-dire que le corps rend compte d’un message.  Ces informations doivent attirer notre attention et mettre en garde  les personnes souhaitant  entreprendre un régime.

Mieux comprendre et différencier les troubles des conduites alimentaires

Hormis les facteurs environnementaux et génétiques, l’aspect psychologique est très important chez les personnes ayant des troubles des conduites alimentaires notamment chez les sujets en surpoids ou obèses.  Il semble nécessaire de souligner la dimension symbolique et affective de l’alimentation. La peut venir combler un vide, compenser des manques affectifs, des échecs, des blessures narcissiques… Afin de rendre compte de différents troubles de conduites alimentaires, il est nécessaire de définir et de distinguer les comportements suivants :

Les compulsions alimentaires : Ces troubles se caractérisent par des ingestions impulsives d’une très grande quantité d’aliments choisis au préalable par le sujet, lors d’une période de courte durée. Il y a un réel plaisir gustatif  mais par la suite, la personne a le sentiment de perdre le contrôle et se sent culpabilisée. Ces compulsions peuvent être épisodiques et ne sont pas suivis par des vomissements.

Dans ces troubles, on reconnaît la compulsion spécifique. Il s’agit d’envies irrépressibles de nourriture d’un type particulier, se sont souvent des produits sucrés. La compulsion peut se porter sur un seul aliment, par exemple le chocolat dans la chocolatomanie.

La gravité de la compulsion varie selon le degré de dépendance du sujet. Plus ce dernier se sent dépossédé de sa volonté, plus la dépendance est élevée, et le sujet vit cela comme un véritable problème.

L’hyperphagie (incontrôlée) : Il s’agit d’un trouble se caractérisant par l’ingestion d’une quantité déraisonnable de nourriture pendant un temps court (moins de deux heures). La personne a perdu le contrôle des quantités qu’elle ingère ou la possibilité de s’arrêter. La sensation de faim n’est pas présente lors de ces crises et la prise alimentaire s’effectue en cachette. Souvent, le sujet cesse ce comportement lorsque des douleurs gastriques apparaissent. Ce dernier se dégoûte et se sent envahi par une grande culpabilité. Ces épisodes (d’ingestions d’une énorme quantité de nourriture) surviennent au minimum deux fois par semaine pendant une période de plus de six mois.

La crainte de l’image corporelle n’est pas la motivation première des hyperphages contrairement aux anorexiques boulimiques. Ainsi, les personnes atteintes d’hyperphagie n’ont pas recourt à des méthodes compensatoires tel que le vomissement, le sport à haute dose, le jeûne dans le but de réduire leur poids. Ces sujets ont généralement un problème de surpoids ou encore d’obésité.

On observe souvent chez ces personnes, qu’un régime alimentaire dans le but de maigrir aurait été mal vécu et serait à l’origine de ce trouble. En effet, lorsque l’on souhaite perdre trop vite plusieurs kilos en réalisant des régimes draconiens, on regagne rapidement le poids perdu ainsi qu’un peu plus. De ce fait, les problèmes de surpoids et d’obésité sont souvent les conséquences de la perte du contrôle lors d’un régime restrictif. Il est donc conseiller de ne pas avoir recourt à la restriction ou à l’exclusion d’un certain type d’aliment car ces privations entraînent l’hyperphagie.

 

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La Boulimie : Ce symptôme se manifeste par le besoin de manger de très grande quantité de nourriture dans un temps limité. Le sujet ingère des aliments sans sensation de faim et sans sentiment de plaisir (contrairement à la gourmandise ou à la fringale). La boulimie s’exprime sous forme de crise où le sujet perd le contrôle de sa conduite alimentaire. En effet, la crise se déroule dans une sorte d’état second où le besoin irrépressible et envahissant de manger s’impose.  Ce qui compte c’est de remplir le vide que le sujet ressent : manger vite, le plus possible n’importe quoi et n’importe comment… Il s’agit souvent de nourriture hypercalorique c’est-à-dire, des aliments très sucrés, très salés, trop gras, ayant pour fonction « de remplir ». La crise s’arrêtera lorsque la personne ressentira des douleurs gastriques insupportables ou lorsqu’il n’y a plus de nourriture à ingérer.

Les crises peuvent survenir à tout moment de la journée ou de la nuit et à n’importe qu’elle endroit. La fréquence varie de plusieurs fois par semaine à plusieurs fois par jour, selon les périodes et les sujets. Des facteurs aggravants sont aussi à prendre en considération tel que le stress, l’angoisse lors des périodes d’examens, d’évènements particuliers… Les crises de boulimies ont une fonction de « désamorçage des émotions » permettant malgré la douleur, de soulager la personne. Elles sont souvent précédées par un moment de fragilité et d’angoisse.  La personne ressent un sentiment de culpabilité, de dénigrement de soi pendant ou après ces épisodes de gavages, s’apparentant à une autodestruction. Le sujet se promet de ne plus se gaver mais la pulsion revient sans que ce dernier puisse la contrôler.

Suite à ces crises incontrôlables, la personne a recourt à des méthodes compensatoires par crainte de grossir ou de dégoût, tel que le vomissement, le jeûne, le sport à haute fréquence, l’utilisation inadaptée de diurétique et de laxatifs.

L’activité boulimique devient une addiction et particulièrement lorsque la crise est suivie de vomissements. En effet, ce comportement entraîne des modifications biologiques et hormonales, ainsi le sujet doit reproduire ses conduites boulimiques quotidiennement pour maintenir « un état de bien être artificiel ». Un sevrage doit être envisagé pour guérir.

Approche thérapeutique

Pour tenter d’aider ces personnes, une prise en compte des enjeux de leur rapport à l’alimentation dans chacune de leurs histoires personnelles est nécessaire. Un suivi s’impose et particulièrement sur le plan psychologique. Il faut prendre en compte l’histoire du patient, accueillir sa souffrance, sa détresse psychique, sa , ainsi que depuis combien de temps sa conduite alimentaire est ancrée. Une identification des divers facteurs doit donc être établie : génétique, environnemental, psychologique. De ce fait, un bilan psychologique est souvent proposé dans un premier temps. Ensuite, une psychothérapie est conseillée afin que la personne puisse résoudre les problèmes psychiques responsables de ses conduites alimentaires. Chez les personnalités fragiles psychiquement (présentant des troubles de l’humeur, des états dépressifs…) la prise en charge psychothérapeutique est nécessaire. De même, chez les personnes souhaitant affronter les causes profondes de leur mal-être. La psychothérapie peut donc être le préambule de toute avancée dans la régulation des troubles du comportement alimentaire mais ces deux axes thérapeutiques peuvent se dérouler parallèlement étant donné leur complémentarité. Réaliser uniquement un traitement diététique se révèlera insuffisant pour résoudre le problème alimentaire et de poids sur le long terme, c’est pour cela qu’une psychothérapie est d’un bon soutien.

Docteur Alcaraz Georges

Melle Diger Marie

Service du professeur Granger

Hôpital Cochin-Tarnier

Auteurs : Dr Georges Alcaraz / Marie Diger

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