A toutes les traumatisées des calories

En découvrant les dernières publications de nos amis sur Facebook, j’ai relevé cette citation de Marilyn Monroe : Aux filles qui se trouvent grosses car elles ne font pas du 34, vous êtes toutes belles. C’est la société qui est moche.

Madebygirl scaleCette petite phrase a fait écho à plusieurs de mes lectures récentes, dont un billet de Garance Doré en réaction à un article paru dans Vogue sur l’histoire d’une maman qui a mis sa petite fille de 7 ans au régime après que le médecin l’ait déclarée obèse.

Garance Doré en profite pour s’interroger sur ce rapport malsain qu’entretiennent beaucoup de avec la et se maltraitant ainsi de façon plus ou moins consciente, ce qu’elle nomme « good » malnutrition dans son billet. Au final Garance Doré attire l’attention sur cette prétendue « normalité » de tant de femmes condamnées à penser à ce qu’elles mangent en permanence, qui sont au régime la plupart de l’année : pour elle, l’article de Vogue et le témoignage de cette mère auront brisé un silence qui dure depuis trop longtemps. Au-delà de son regard affûté, il est intéressant de lire les nombreux commentaires qu’elle rapporte dans son billet, mais également que son billet a suscité : autant de témoignages de femmes qui font écho et qui rapportent leur propre expérience.

Ce rapport à la nourriture est intimement lié à cette image de nous-même qui se fabrique assez jeune (notamment par le rejet des autres si l’on se retrouve « hors-normes », cf. notre billet sur le BD « Max fait le poids »). Le fameux « diktat de la minceur », relayé par les magazines et produit notamment par le monde de la mode, a faussé les repères. Pour celles qui l’ont vu, le film « Le Diable s’habille en Prada » montrait l’évolution de cette jeune fille bien dans sa peau qui finit par se conformer aux exigences de son poste d’assistante de la Rédactrice en Chef du magazine le plus en vu. Garance Doré a vécu cette confrontation en allant s’installer à New-York, ville où la minceur est encore plus exigeante qu’ailleurs, d’autant plus dans le monde de la mode qu’elle côtoie constamment. A vouloir conserver sa façon de manger, elle s’est aperçue avec horreur qu’elle a pris du poids : à New-York, d’une part on ne cuisine pas, tout le monde mange dehors tout le temps ou prends des trucs à emporter, les portions sont beaucoup plus grandes que les nôtres… Il est donc utile de faire attention, mais il est également difficile de résister à la pression de cette minceur très répandue.

Les « modèles » (au sens premier du terme, mais egalement les mannequins de mode) façonnent un idéal et un imaginaire très fort : comme le précisait toujours Garance Doré dans son billet « plus la taille de la robe est petite, plus grand est l’appartement ». Ce lien entre apparence physique et classe sociale n’est pas anodin : Sophie Combes a écrit un livre très intéressant sur les relations que les femmes entretiennent avec leur apparence physique et sur leur perception des critères de beauté. Dans « Le beau sexe », elle rapporte le fruit de son tour du monde et de ses discussions avec des femmes de France, d’Argentine, des Etats-Unis, du Japon et de Nouvelle-Zélande. Bien que l’universalité ne soit pas absolue, certains stéréotypes dominent : « Le modèle physique occidental, silhouette mince, peau blanche, cheveux et yeux clairs, semble avoir a priori de beaux jours devant lui. Meme si des différences apparaissent entre les pays, d’autant plus grandes que le pays est culturellement éloigné (comme le Japon), ce modèle est puissant et présent à l’esprit dans tous les pays, malgré une diversité ethnique souvent importante ».

Elle a pu relever également que « le groupe d’appartenance ou la classe sociale, en revanche, influencent fortement la vision individuelle de la beauté, quel que soit le pays rencontré ». Au niveau des critères de beauté, les résultats obtenus croisent la vision de la beauté en fonction du milieu d’origine et les visions imaginées de la beauté dans d’autres groupe sociaux que le sien.

Au final, dans son livre, ce qui la surprend, c’est que la plupart des femmes sont plutôt satisfaites d’elles-mêmes physiquement et si on leur offrait la possibilité de modifier leur apparence, l’objectif est de rester elle-même avec des retouches qui concernent le plus souvent la ligne du (pas le visage), mais sans rien de drastique. Néanmoins, le poids reste très présent dans l’appréciation de la beauté mais demeure un élément paradoxal : les femmes qui témoignent peuvent trouver belles des femmes pulpeuses (dans leur entourage ou dans les personnalités qu’elles nomment), mais pour se sentir « plus belle », elles parlent souvent pour elles-mêmes de perdre du poids… Lorsque Sophie Combes leur pose la question « êtes-vous belle ? », les femmes ne savent pas répondre ou ne se considèrent pas comme belles : la nuance ici est importante et se situe entre  la perception de soi et l’approche d’un idéal inaccessible :  la comparaison est rude avec les canons de la beauté actuels.

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Il n’est pas anodin d’ailleurs de voir circuler de plus en plus souvent ce genre d’images sur Internet (cf. ci-dessus, le message pose la question de savoir comment on peut préférer le corps « décharné »des couvertures d’aujourd’hui face aux corps de Stars emblématiques), ce qui est un facteur rassurant sur le fait que des prises de consciences commencent à se faire à différents niveaux, tout comme des dispositions commencent à être prise pour faire savoir que les images que nous voyons n’atteignent pas la perfection, uniquement parce qu’elles ne sont pas réelles.

Ainsi H&M avait reconnu que le corps des mannequins présentes sur l’affiche ci-dessus sont réalisés en image de synthèse (lire ici). En France, depuis plusieurs années, la députée Valérie Boyer a essayé de faire voter une loi obligeant à mentionner quand les photos sont retouchées, sans succès ; finalement c’est en Israël qu’une telle loi a été votée récemment : des filles trop maigres ne peuvent plus figurer sur les affiches et les images doivent mentionner toute retouche visant à rendre les mannequins plus maigres (lire ici). L’objectif est de stopper la progression des cas d’anorexie et de boulimie chez les adolescentes.

 

 

Il y a donc beaucoup d’éléments à réconcilier et ce en prenant le « mal » à la racine : de l’éducation dès la petite enfance aux notions croisées de plaisir et d’équilibre alimentaire, au développement de l’estime de soi et à la construction du regard sur le corps, afin de pousser les nouvelles générations vers les meilleures voies possibles.

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